Ramses III terrasse l'ennemi

Le musée a acheté cet ostracon au Caire en 1938. Probablement originaire de la région thébaine, ce petit chef-d'oeuvre (18 x 15,2 cm) peut être admiré jusqu'en janvier dans l'exposition L'art du contour.

Ostraca

Les ostraca sont de simples éclats de calcaire ou des tessons de poterie, sur lesquels les anciens Egyptiens écrivaient ou dessinaient. Ce type de support était utilisé parce qu'il était abondant et sans valeur matérielle, contrairement au papyrus, beaucoup plus onéreux. Les ostraca étaient voués à des usages très éphémères, allant de la commande d'une fenêtre à la réalisation de dessin par pur amusement. La plupart d'entre eux proviennent de Deir-el-Medineh, le village des artisans employés à la réalisation des tombes royales et situé sur la rive ouest de Thèbes.

Ramses III

Sur cet ostracon, en haut à droite et en dessous de la cartouche de Ramses III (ca. 1184-1153 av. J.-C.), on peut lire "Celui qui écrase les pays étrangers et en immole les chefs". Fidèle aux conventions des récits guerriers de l'époque ramesside, le pharaon représenté vainc, en effet, à lui seul la foule innombrable des ennemis, en agrippant par les cheveux une grappe d'asiatiques (reconnaissables au code des stéréotypes raciaux véhiculés par les images égyptiennes de l'époque : barbe allongée, long nez busqué et front fuyant).

Un dessinateur très expérimenté

L'ostracon présente une composition très équilibrée. La scène est structurée au moyen de longs traits rouges (le rouge étant le brouillon pour le dessinateur de l'Egypte ancienne), dont l'un, essentiel, trace la diagonale des bras du roi. Les neuf visages des ennemis (peut-être un écho aux "Neuf Arcs" désignant les ennemis traditionnels de l'Egypte) et les quatre bras, jambes et torses, suggèrent un groupe de prisonniers face à l'unique roi vainqueur. Les détails sont dessinés avec un geste d'une fermeté et d'une régularité surprenantes. Le dessinateur s'est probablement basé sur un relief de pylône de temple qui montrait le roi massacrant les ennemis, défendant ainsi l'Egypte contre les forces du chaos qui la menacent en permanence.

 

A l'occasion de l'exposition sur le dessin dans l'Egypte ancienne, le conservateur Luc Delvaux et la doctorante Amandine Pierlot (ULB) ont publié un très bel ouvrage sur les ostraca du Musée du Cinquantenaire, dont ce texte s'est largement inspiré. L'art des ostraca en Egypte ancienne, éditions Racine, 2013