Le portrait de Livie

Livie, 51 ans aux côtés d'Octave-Auguste

Livie (58 av. J.-C. – 29 ap. J.-C.) est une des femmes les plus marquantes de l’époque romaine. Née à l’époque de César, durant le dernier siècle de la République romaine, elle est très tôt mariée à l’un des adversaires du dictateur, Tiberius Claudius Nero. Sa famille se retrouve dès lors aux premières loges lors la guerre civile qui ravage Rome après l’assassinat de César en -44 (son père se suicide lors de la bataille de Philippes). Elle doit même fuir l’Italie afin d’échapper aux proscriptions d’Octave, le futur empereur Auguste. Ce dernier décrète cependant une amnistie  en -39 et rencontre Livie peu après son retour.
Ce fut, d’après les auteurs antiques, un coup de foudre immédiat entrer les deux jeunes gens, mariés par ailleurs. Livie a déjà un fils, Tibère, et est enceinte d’un second enfant. L’épouse d’Octave devait accoucher d’un moment à l’autre. Qu’à cela ne tienne, le jour même de la naissance de sa fille Octavie, le futur empereur fait prononcer le divorce et oblige Tiberius Nero à faire de même. Trois jours après la naissance de son fils Drusus l’Aîné, Livie épouse Octave. Ce mariage d’amour est aussi un mariage de raison, une alliance entre deux des familles les plus puissantes de Rome. Leur union durera 51 ans !
Livie se révélera une épouse exemplaire, incarnant les vertus primordiales de la femme romaine : dignité, fidélité, chasteté, piété. Octave devient le premier empereur romain et reçoit le titre d’Auguste en -27. Livie jouera un rôle prépondérant en tant que conseillère de son mari, et plus tard de son fils, un rôle réellement inusité dans la société romaine. Elle sera la femme la plus puissante de son temps.

Le portrait de Bruxelles

Le portrait des Musées Royaux d’Art et d’Histoire représente l’impératrice-mère, coiffée avec une partition centrale des cheveux, bouclés et retenus à l’arrière par un chignon. L’ensemble est coiffé d’un diadème, sur lequel on distingue encore les traces d’une frise de palmettes peintes ! Des restes de polychromie sont également conservés dans les cheveux. Ces traces, exceptionnelles, seront étudiées en collaboration avec le Copenhagen Polychromy Network (Dr. Jan Stubbe Ostergaard). La sculpture antique, au contraire de celle d’époque néo-classique, n’était pas blanche comme marbre, que du contraire. Sur notre portrait, l’effet était encore rehaussé par des boucles d’oreilles en or, dont on peut déduire la présence grâce aux trous percés dans les lobes. Cette œuvre présente un état de conservation remarquable ; même le nez est intact, ce qui est rarissime sur une sculpture antique !
Les portraits des membres de la maison impériale ne sont pas des créations uniques. L’empereur commandite un portrait qui servira de modèle et sera copié dans tout l’Empire. Ce modèle officiel et ses répliques forment ce que l’on appelle un « type iconographique ». On en connaît six pour Livie, depuis les années 35 av. notre ère jusqu’au début du règne de Tibère. La tête de Bruxelles suit le dernier type, dit« type Cérès », probablement créé peu après que Livie soit devenue veuve. La réplique, caractérisée par la présence du diadème, pourrait avoir été sculptée de manière posthume, sous l’empereur Claude (+ 41-54).