Le Panorama du Caire d’Emile Wauters – une redécouverte

Les panoramas peints, œuvres de dimensions souvent colossales destinées à être exposées dans des édifices en forme de rotondes, sont des productions caractéristiques du XIXe siècle. Il s’agit souvent d’œuvres commémoratives d’événements historiques (le Panorama de l’Yser, autrefois exposé au Boulevard Anspach, à Bruxelles, ou celui de la Bataille de Waterloo, toujours à son emplacement d’origine, près de la Butte du Lion). Au même titre que les expositions universelles, ils reflètent aussi le goût pour l’exotisme de cette époque où les voyages au long cours étaient encore réservés à une minorité bourgeoise ou aristocratique.

Le Panorama du Caire, peinture monumentale de 114 mètres de long et 14 mètres de haut, œuvre d’Emile Wauters (1846-1933), est réalisé en 1880-1881, pour commémorer le voyage de l’archiduc d’Autriche Rodolphe (1858-1889) en Egypte.

Après un vernissage à Bruxelles, exposé d’abord à Vienne (1882) puis à Munich (1885), ensuite de nouveau à Bruxelles (1886) et La Haye (1887), le Panorama est en 1896 acquis pour l’Etat belge par le Baron Louis Cavens et exposé dans le pavillon mauresque conçu par Ernest Van Humbeek pour le parc du Cinquantenaire à Bruxelles et l’exposition internationale de 1897.

Le Panorama du Caire reste accessible au public, dans le pavillon géré par les Musées royaux d’Art et d’Histoire, jusqu’en 1967, date à laquelle le bâtiment est cédé à l’Arabie saoudite afin de le reconvertir en grande mosquée. En 1970-1971, la toile est décrochée, de manière assez expéditive, et elle est transférée aux MRAH. Probablement entreposée dans le hall du Palais mondial (actuellement Autoworld), on perd rapidement sa trace, les derniers documents mentionnant sa présence au musée datant du début des années 1980.

Jusqu’à ce jour, malgré de nombreuses recherches, aucune trace du Panorama du Caire n’avait pu être repérée dans les collections du musée, une étrange disparition qui n’a pas manqué de générer nombre de rumeurs qui relèvent davantage de légendes urbaines que de faits avérés*.

Cette quête du Panorama a cependant connu un rebondissement spectaculaire lorsque, en décembre 2020, un important fragment de la toile, la scène « centrale » montrant l’archiduc Rodolphe dans sa calèche, a refait surface chez un antiquaire du Sud de la France qui l’a identifié et a pris contact avec le prof. Eugène Warmenbol (ULB) et Luc Delvaux, conservateur Egypte dynastique et gréco-romaine aux MRAH. Grâce à l’intégrité de cet antiquaire, qui a fait état de sa volonté de restituer l’œuvre  à l’Etat belge, la toile a aujourd’hui rejoint les collections des MRAH.

Cette restitution ouvre la voie à de nouvelles recherches sur le Panorama du Caire. Non seulement il sera à présent possible d’étudier de près la technique picturale mise en œuvre par Emile Wauters, mais, en outre, l’enquête sur le destin de la toile pourra être relancée, dans l’espoir de retrouver d’autres fragments, et surtout de comprendre comment cette œuvre a pu disparaître de nos collections et se retrouver, en fragments, dans des mains privées.

Le mystère du Panorama du Caire n’est pas encore élucidé, mais cette redécouverte ouvre des pistes nouvelles et très prometteuses…

Le fragment retrouvé du Panorama du Caire et acquis grâce au soutien des Amis des MRAH sera exposé au Musée Art & Histoire jusqu’au dimanche 9 janvier 2022.

Pour reproduire le panorama en entier, nous avons pu compter sur la collaboration de l’IRPA (Institut royal du Patrimoine artistique) et leurs photos en haute résolution. Ces photos peuvent être consultées sur le catalogue en ligne de l’IRPA : http://balat.kikirpa.be/photo.php?path=B146740&objnr=20054065&nr=2

 

* Sur le Panorama et son histoire mouvementée :