Elkab ou l'urbanisme en l'an 2600 avant J.-C.

Les tombes

Depuis 75 ans, Elkab - entre Louxor et Edfou - est un des terrains de fouille des Musées royaux d'Art et d'Histoire. Le site est connu depuis longtemps pour ses chapelles funéraires du Nouvel Empire, mais les scientifiques belges y ont aussi découvert des vestiges de l'Ancien Empire. Cette passionnante aventure a pris une tournure décisive en 1986, lorsque fut découvert une tombe de la 6e dynastie (vers 2200-2300 av. J.-C.) ayant appartenu à un grand-prêtre de la déesse Nekhbet baptisé Saouika. Au total une vingtaine de tombes de la fin de l'Ancien Empire furent retrouvées, parmi lesquelles celle jusque-là inviolée d'Irtenakhty, prêtresse de la déesse Hathor. En outre, une construction rectangulaire située au sommet de la nécropole rupestre se révéla être une tombe-mastaba encore plus ancienne datant de la 3e dynastie (vers 2700-2600 av. J.-C.).

La zone d'occupation

Mais où vivait la population de l'époque ? En 2009, on entama des fouilles dans une aire en partie entourée d'un mur, au nord-ouest de la zone des temples. Les premiers sondages, qui firent apparaître des strates d'habitat tout à fait intactes sous la couche superficielle, s'annoncèrent prometteurs. En 2010, plusieurs constructions en brique crue furent mises au jour, ainsi que d'énormes quantités de céramiques et des traces d'une petite manufacture de cuivre. Les découvertes faites dans la zone d’occupation démontrent une présence humaine ininterrompue sur le site durant près de 2000 ans (de 4500 à 2500 av. J.-C.). Elles font état d’une évolution progressive de l’habitat d’une installation préhistorique de type villageoise  à une communauté urbanisée au début de la période historique et de l’Ancien Empire.

Campagne 2015: une statue du roi Sahourê!

En mars 2015, les archéologues belges firent une découverte spectaculaire sur le site. À l’intérieur du double mur de la ville de la fin de l’Ancien Empire, ils découvrirent un fragment d’une statue de roi assis (la base et la partie inférieure des jambes – 21,7 cm de haut, l’original est estimé à 70 cm). Le Professeur John Coleman Darnell (Yale University, New Haven) et le Dr. Luc Delvaux (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles) confirment à partir des inscriptions préservées que le roi représenté sur le trône était le pharaon Sahourê de la 5ème dynastie (vers 2458-2446 av. J.-C .). La présence de la statue à cet endroit pose question mais il n’est, à vrai dire, pas illogique de trouver à Elkab des traces de Sahourê. Il monta en effet des expéditions vers le désert oriental mais aussi vers le sud, entre autres en Basse Nubie et vers le mythique pays de Pount. Le pharaon est surtout connu pour sa pyramide, son temple funéraire et son temple de la Vallée dans la nécropole royale d’Abousir (un peu au nord de Sakkara).

Seules deux statues peuvent être attribuées avec certitude à Sahourê (conservées respectivement au Metropolitan Museum de New York et au Musée du Caire). Le fait que le roi soit représenté enserré dans un vêtement qui recouvre entièrement les pieds est intrigant. S’agit-il d’une représentation originale du manteau du heb-sed que portait le pharaon durant le rituel de régénération lors de la célébration de son jubilé ? Le roi aurait alors été, après trente ans de règne, présenté en momie avant de renaître ? On peut s’interroger aussi sur l’influence que pourrait avoir eue cette manière de le figurer sur les représentations postérieures du dieu des morts Osiris. Autant de nouvelles questions pour les égyptologues ! 

Le projet archéologique dans la zone d’occupation d’Elkab a pu compter par le passé sur le soutien de BELSPO et de Yale University et est sponsorisé en 2015-2016 par la fondation allemande Gerda Henkel Stiftung. Il bénéficie également d’une collaboration avec les départements Geografie et Bodembeheer de l’Université de Gand et avec la Hogeschool PXL Hasselt. Le Nederlands-Vlaams Instituut in Cairo (NVIC) et Vodafone Egypt offrent quant à eux un soutien logistique.