Étude de la collection de céramique de Fustat (Égypte) - Art du monde islamique

La ville de Fustat

Première installation fondée par les musulmans en Égypte, la ville de Fustat se situe sur la rive orientale du Nil, à proximité de la Babylone grecque-copte. Cet endroit, militairement stratégique, est choisi par le général du calife ‘Umār, ‘Amr ibn al-‘Ās, pour fonder le premier campement musulman dans la région, qui se transformera ensuite en une installation urbaine complexe. La ville devient en effet le principal centre commercial et industriel de l’Égypte ; nombreux ateliers y sont installés : fabriques de verre, de céramique, de tapis, mais aussi moulins, fours et raffineries de sucre. Toute sorte de produits, nationaux et internationaux, transitent par son port : épices et parfums, tissus de luxe, verreries et céramique précieuses.
Au cours de la période fatimide (969-1171), Fustat prospère et se distingue pour devenir le lieu de résidence des différentes communautés religieuses (sunnites, coptes, juifs) et la nécropole des califes chiites. Cependant, la ville de Fustat connait aussi des périodes de crise, déterminées en particulier par une série d’épidémies et de famines et par la menace des Croisés (deuxième moitié du XIIe siècle), au cours desquelles elle est partiellement abandonnée et ravagée.
Le sort de Fustat au cours des périodes ayyoubides et mameloukes n’est abordé que faiblement par l’historiographie arabe, la ville connaissant pourtant une période de prospérité. Au cours du XIVe et XVe siècle elle redevient une zone industrielle assez importante et plusieurs ateliers de céramique glaçurées et non glaçurées y sont installés.
De nombreuses investigations et fouilles archéologiques nationales et internationales ont été conduites à Fustat dès le début du XXe siècle et ont permis de mettre au jour plusieurs témoignages de l’organisation urbaine et sociale de la ville et de la richesse de sa culture matérielle. Les tessons de céramiques issues du site ont rejoint les collections de plusieurs musées et constituent un précieux objet d’étude pour l’histoire de l’Égypte islamique (photos 1 et 2).

La collection des MRAH

La section islamique des Musées royaux d’Art et d’Histoire possède une collection de plus de 4000 fragments de céramiques trouvés à Fustat et parvenus au musée de différentes manières : don du Musée Arabe du Caire, achats sur le marché des antiquaires ou collections privées. Il s’agit d’un ensemble très riche et représentatif, composé principalement par des exemplaires de céramique fine soigneusement décorée et glaçurée. Ces objets constituent un indicateur précieux pour la reconstruction de l’histoire des productions de céramiques documentées dans la région et au Proche-Orient islamique en particulier, en permettant d’en mettre en évidence les étapes et les évolutions décoratives et technologiques.

L’étude de la collection: l’assemblage céramique de la période mamelouke

L’étude de la collection céramique de la période islamique provenant du site de Fustat a débuté en février 2011. Cette recherche vise, d’une part, à identifier et décrire les productions de céramique documentées dans la ville, en particulier pendant la période mamelouke (1250-1517 ap. J.-C.) et, d'autre part, à reconstituer l’histoire de cette installation urbaine en comparant la culture matérielle avec les sources historiques.
L’ensemble analysé comprend différentes productions de céramique glaçurée, divisées essentiellement en deux groupes : les productions en pâte argileuse rougeâtre avec décor incisé ou peint sous glaçure transparente colorée (photos 3 et 4) et celles en pâte siliceuse blanchâtre avec décor peint sous glaçure transparente, dont on distingue en particulier le groupe dit "Bleu et Blanc" (photo 5). Dans ce dernier groupe, on trouve également un ensemble d’objets, soigneusement décorés, portant la signature de l’artiste (le nom le plus récurrent étant Al-Ghaibi) (photos 6 et 7). Des importations d’origine chinoise ont aussi été documentées. Il s’agit surtout de productions au décor bleu et blanc (les célèbres porcelaines chinoises Ming) et avec une glaçure verte (Celadon). Ce matériel fit l’objet d’imitations locales, également identifiées parmi les exemplaires de la collection.
La documentation recueillie jusqu’à présent inclut l’inventaire des pièces de la collection de Fustat datées de la période mamelouke (intégré à la base de données), les photos de chaque exemplaire et les dessins d’une sélection représentative du matériel étudié.

Bibliographie

  • ABEL, A., Ghaibi et les grands faïenciers égyptiens d’époque mamluke. Avec un catalogue de leurs œuvres conservées au Musée d’art arabe du Caire, Le Caire, 1930.
  • ABEL, A.,  Les céramiques arabes d’Egypte aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, dans : Bulletin M.R.A.H. 3, Bruxelles, 1930.
  • MAILLARD, M., Les tessons de Fostât conservés à la section islamique des Musées royaux d’Art et d’Histoire, dans : Bulletin M.R.A.H./K.M.K.G.49, Bruxelles, 1977, p. 103-127.
  • SHANY-BELKINE, D.,  Les tessons lustrés fatimides aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, dans: Bulletin M.R.A.H./K.M.K.G. 52, Bruxelles, 1980-1981, p. 25-49.

Recherche menée par :

Dr. Valentina VEZZOLI,  Chargé de Recherches F.R.S. – FNRS, Centre de Recherches en Archéologie et Patrimoine, U.L.B.